Obtenir une nouvelle perspective sur un vieux problème

Michele Matarazzo, neurologue au Centre de recherche du Pacifique sur la maladie de Parkinson de l’Université de la Colombie-Britannique, s’attaque à un vieux problème médical avec certaines des technologies les plus avancées au monde.

Le défi consiste à comprendre un changement fondamental qui s’opère dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie de Parkinson au fur et à mesure de son évolution. Plus précisément, le but est de comprendre le phénomène de la perte de dopamine dans le cerveau, la dopamine étant la molécule qui contrôle la capacité du corps à bouger.

Matarazzo utilise la tomographie par émission de positons (TEP), un système d’imagerie sophistiqué qui tire profit des signaux produits par de très petites quantités d’agents radioactifs de courte durée appelés isotopes, qui sont injectés dans le corps des patients. Lorsqu’ils sont attachés à des traceurs particuliers qui recherchent la dopamine dans le cerveau, ces isotopes révèlent le métabolisme de la dopamine sur le plan moléculaire, ce qui est impossible à voir autrement.

Cette information cruciale aide à mesurer les répercussions de la maladie de Parkinson sur le cerveau. Matarazzo veut commencer à suivre l’évolution de la maladie de Parkinson avant même que les personnes ressentent des symptômes, jusqu’aux stades les plus avancés de la maladie, après plusieurs années.

Le fait que le Centre de recherche du Pacifique sur la maladie de Parkinson dispose déjà d’une base de données sur les examens de TEP effectués au moment du diagnostic, puis quatre et huit ans plus tard, facilitera l’étude.

« Si vous déclarez la guerre, vous devez avoir la meilleure connaissance possible de votre ennemi », lance Matarazzo.

Matarazzo a fait connaissance avec cet ennemi lorsqu’il était résident en médecine au sein d’un important groupe de recherche sur la maladie de Parkinson à Madrid. Il a rencontré un jeune patient qui avait été traité pour maladie mentale durant trois ans avec des antipsychotiques qui l’avaient laissé complètement paralysé. Lorsque Matarazzo l’a examiné de plus près, il s’est rendu compte que l’homme était sans doute plutôt atteint de la maladie de Parkinson.

« Lorsque nous l’avons rencontré, à l’âge de 36 ans, il ne pouvait même pas bouger, se souvient Matarazzo. Nous nous sommes débarrassés des antipsychotiques et lui avons prescrit de la lévodopa. Le changement a été extraordinaire : en quelques semaines, il a quitté son fauteuil roulant et en est venu à courir dans les couloirs. Ça a été une expérience importante. »

Matarazzo a eu d’autres expériences aussi enrichissantes tout au long de sa carrière, qui combine la recherche en laboratoire et le travail clinique auprès des patients. La recherche est nécessairement lente et exigeante, selon lui, et c’est pourquoi il est essentiel de travailler avec les patients.

« Il est motivant de recevoir des patients toutes les semaines, assure-t-il. Ils nous donnent une idée de ce qui est pertinent et de ce qui ne l’est pas. Ce sont eux qui nous posent les questions auxquelles nous tentons de répondre, et ça en fait l’objectif de notre travail. »